la 3 ème RÉVOLUTION SERA ÉCOLOGIQUE si …

Le très beau texte de Fred Fargas  » Nous y sommes « , écrit en 2008 et lu par Charlotte Gainsbourg, prend, douze ans plus tard, une résonance particulière. La pandémie que nous vivons, et le confinement qu’elle impose, nous permettent de constater, s’il en était besoin, que la  diminution de l’activité humaine permet à  la nature de prendre sa respiration et de se faire entendre : le chant des oiseaux devient plus audible, les dauphins et les rorquals se montrent dans les calanques de Marseille , les sommets de l’Himalaya sont visibles à plus de 200 km, la lagune de Venise respire

Ce texte magnifique nous invite à la 3ème Révolution. Une révolution écologique. La conclusion est pleine d’espérance : si l’humanité relève les défis de la paix et de  la solidarité, alors « nous danserons encore« .

L’usage du « nous » m’a toujours gêné lorsqu’il émane de certains esprits bien-pensants de l’écologie qui s’adaptent facilement au modèle économique dominant. Ils l’utilisent pour culpabiliser plus que pour enchanter, nous englobant dans des responsabilités qui ne sont pas les nôtres mais celles des tenants d’un système économique qui, aujourd’hui, nous entraîne dans sa chute.  Le « nous » du texte de Fred Vargas ne me heurte pas. Ce « nous »-là fait appel aux valeurs de solidarité, ce « nous »-là appelle à la Paix, ce « nous »-là appelle  à la prise en compte de l’ensemble de l’humanité, à un internationalisme salvateur.

Bien sûr, je serai réservé quant à l’affirmation selon laquelle 25% de l’humanité se serait bien amusée et aurait provoqué le désastre écologique au détriment des 75% restants. Nous qui avons la chance de faire partie du monde « privilégié », nous savons que cet argument est difficilement entendable par tous ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté dans les banlieues et dans les campagnes. Il ne faut pas oublier que 80% de la richesse mondiale va aux 1% les plus riches. Je veux entendre, dans ce « nous », tous ceux qui refusent que l’égoïsme d’une ultra-minorité ne nous sacrifie sur l’hôtel des profits. Je veux comprendre ce « nous » comme représentant tous ceux qui, en capacité de le faire, sont prêts à revoir leur mode de vie et à agir parallèlement pour que des solutions structurelles puissent être imaginées et mises en œuvre.
Ces considérations étant, il ne pourra  y avoir de véritable changement massif des comportements et une adhésion commune à d’autres modes de consommation si persiste une telle inégalité de la répartition des richesses. Si près d’un milliard d’êtres humains vivent dans l’extrême pauvreté et 3,4 milliards ont du mal à satisfaire leurs besoins élémentaires.

J’entends également, dans ce texte, qu’il n’y a pas de révolution écologique sans solidarité. La crise actuelle nous démontre que la solidarité n’est pas une valeur désuète. Elle ne l’a jamais été, comme en témoigne la riche vie associative française qui contribue à l’éducation, à l’accès à la culture, à l’entraide intergénérationnelle, au soutien social à ceux qui rencontrent les plus grandes difficultés, aux multiples actions pour soutenir ceux qui sont en première ligne, face au COVID 19. Au niveau international, comment ne pas être interpellé par les actes de solidarité concrets à mettre au crédit de nations comme  Cuba ou Le Portugal ?

Déjà douze ans que ce texte a été écrit. La question se pose de savoir s’il n’est pas trop tard. Le traumatisme qu’engendre le COVID-19 sera-t-il salvateur ? L’avenir arbitrera cette question. Il n’y a rien à attendre de magique. La réponse ne pourra pas émaner de quelques élites isolées et déconnectées des réalités quotidiennes. Toutes les initiatives permettant d’interpeller et d’engager le maximum de citoyens dans la réflexion et l’action sont à regarder avec bienveillance. Elles sont porteuses d’espérance.